HARRAGAS (sorti en salles le 24 février 2010)
MERZAK ALLOUACHE, à Propos d'HARRAGAS
Partir, cela s'appelle brûler, brûler ses papiers, brûler les frontières, brûler sa vie s'il le faut mais partir.
Harragas veut dire brûler . Avant de partir les clandestins brûlent leurs papiers d'identité pour que les gardes-côtes ne puissent pas savoir qui ils sont ni d'où ils viennent.
J'ai décidé d'écrire cette histoire après m'être documenté sur la base de témoignages, d'articles de presse et de rencontres diverses concernant ce problème humain et dramatique totalement nouveau que vit l'Algérie. Le phénomène des Harragas ne cesse de croître depuis quelques années de manière catastrophique. Les Harragas sont pour la plupart des jeunes gens qui pour des raisons diverses franchissent clandestinement et au risque de leur vie la Méditerranée. Les jeunes représentent plus de 80% de la population algérienne. Leur soif de vie est freinée par la difficulté du quotidien, du chômage et ils sont alors prêts à tout, de manière inconsciente, pour tenter de vivre ailleurs.
Lorsque j'ai commencé à écrire mon scénario j'étais loin de me douter que ce problème allait prendre une telle ampleur pour devenir au fil du temps une préoccupation nationale. Et même si d'aucuns prétendent que parler des Harragas et de l'immigration en général relève d'une mode, je pense qu'il faudrait des dizaines de films, des pièces de théâtre, des émissions télévisées qui évoquent ce problème, expliquent les raisons, les dangers de cette aventure périlleuse et mettent en garde les jeunes sur les risques encourus Comme dans mes précédents films, c'est une histoire humaine que j'ai eu envie de raconter car l'odyssée dramatique de ces jeunes me touche profondément. Harragas est une fiction tournée à la manière d'un documentaire et mise en scène dans une région où se déroulent les évènements qui sont relatés. La HD ma permis une plus grande liberté dans la réalisation et une plus grande souplesse dans les prises de vues. Sachant qu'une grande partie du film se passait sur une barque en haute mer, il fallait également une équipe très mobile. J'ai choisi de tourner une grande partie de mon film sur les plages de Mostaganem d'où embarquent régulièrement les brûleurs pour essayer d'atteindre les côtes espagnoles. J'ai également effectué mon premier casting parmi les jeunes acteurs du théâtre de Mostaganem. La majorité des interprètes du film vient de cette région.
Ce film poursuit ma réflexion sur cette relation étrange, cette attraction répulsion qui existe entre l'Algérie et la France. Sur le phénomène de l'émigration qui ne cesse de prendre de l'ampleur en Algérie alors que ce pays est riche grâce à son pétrole. Harragas est dans la continuité de mes films qui parlent de la jeunesse algérienne, sa mal-vie, ses doutes, ses espoirs en une vie meilleure.
Article créé: 2009-11-30 -- Il a été lu 1838 fois
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